Bisque en mouche

10 décembre 2011 Laisser un commentaire

Il est 20h, je pars de ma banlieue pour aller à la ville. Deuxième soirée depuis que je suis dans la région. J’ai mis mon beau t-shirt “Fuck the hype” de la grande époque c’est à dire presque 10 ans déjà. Je suis étonné qu’il m’aille encore. De tout façon j’ai jamais été un modeux et là je suis vraiment flambi. C’est pas grave, faut que je sorte. Ca fait tellement longtemps.

10 minutes de voiture pour arriver en ville et là c’est le bordel : bouchons sur les grand boulevards. Presque 20 minutes de bouchons pour arriver à bon port. Et encore… Il faut trouver une place. En fait la place il faut la créer parce que y en a pas. 20h45 j’entre. J’aime ce cadre. En bas ya Joey Starr en concert, à coté ya un skate park bondé malgré l’heure et la température assez fraiche. Mais je ne suis pas là pour ça. La salle est grande et ya déjà pas mal de monde. Un coup d’oeil rapide pour essayer de repérer comment ca marche. Je ne cherche personne en particulier puisque je ne connais personne ici. J’ai trouvé la caisse. Un coup de barcode scanner et j’aurais mes tickets conso.

Dans la queue devant moi il y a les deux seules personnes que je connaisse. Enfin connaitre, c’est un bien grand mot. J’hésite à les aborder. “Salut c’est moi le gros relou qui vous suit sur le net!” . Pas top. “Bonsoir, c’est moi le naze qui fait des vannes pourries sur le net”. Pas mieux. Bref, je m’abstient. Ce premier pas. Ce putain de premier pas. Celui que je n’arrive pas à faire à moins de 2g. Du coup je vais me prendre un verre de rouge histoire de me réchauffer et me débrider.

Et puis faudrait aussi que je mange un bon. C’est un peu le but de la soirée : de la bouffe et du son. Je me laisse tenter par le cochon de lait, sa purée et son chutney de fruits rouges. Pas mal. Pas évident à manger quand t’as pas de couteau. Du coup je m’isole 2 minutes histoire de ronger mon os. Et un deuxième coup de rouge histoire de faire passer tout ça. Il est 21h45 et je suis déjà gaz. Faut dire que je ne bois quasiment jamais et après une dure semaine de labeur, il m’en faut peu. J’ai limite un coup de barre (l’effet rouge qui pique). J’en profite qu’il soit assez tôt pour prendre quelque chose de plus fort (et ouais faudra conduire au retour).

Je croise régulièrement les deux demoiselles. Elles ne savent pas qui je suis (enfin je crois) bien qu’elles savent que je suis là. Du coup j’ai l’impression de passer pour un pervers et ca me mine. Je lui dois déjà un verre pour me faire pardonner. Mais dès que j’ai l’intention de me présenter j’ai cette putain de boule au ventre comme un collégien qui craque pour sa prof d’anglais.  Cette impression d’etre un pervers, ou celle d’etre un ovni dans cette soirée. De ne pas y etre vraiment et d’observer les gens. j’ai l’impression d’etre 10 ans en arrière à mon arrivée à Paris. Là la soirée est moins “underground” qu’à l’époque et je suis agréablement surpris du nombre de filles plus belles les unes que les autres. On se croirait presque à une soirée modasse à la Madeleine. Ya du talon, de la botille, du mini-shrort, ya même les deux plus jolies filles de “Un diner presque parfait” spécial Célibataires (paye ta culture télé).

Je me pose dans un coin et j’observe. Ca fait plus de 3 ans que je nuis plus allé à ce genre de soirée. Je dirais même que ca date de Paris, il y a 6 ans maintenant. A l’époque où je trainais avec toute cette bande dont certains allaient devenir Clichey. Je suis en phase de resocialisation. Sortir c’est déjà un premier pas. Toujours mieux que de passer son vendredi soir devant Koh Lanta. J’enchaine les bison pop’s. Elle est juste derrière moi, j’ai juste à me retourner et lui offrir un verre. Je n’ose pas. Putain de timidité. De quoi j’ai peur? Faut dire que la confiance est pas vraiment là. 15 kilos de trop, un caractère trempé mais reservé au premier abord. Je ne veux meme pas la draguer, juste me présenter pour ne pas passer pour un stalker. Faire connaissance tout simplement. D’un autre coté ce jeu me plait. D’observer tel un espion. De l’autre je suis conscient de l’image que ca peut donner et ca me gene encore plus.

Du coup je me pose tranquillement à coté du bar. Lieu de passage. J’observe un drole de spécimen de danseur. Il est assez jeune. 27 ans grand max. Son pantalon de costume et sa chemise font penser à un jeune avocat, notaire ou ingénieur. Il enchaine les chorégraphies, fait le boxeur. Ma voisine se marre et moi aussi. Je me moque mais j’ai pas bougé mon booty depuis belle lurette. Je dois avoir les lombaires soudées tellement ca date. Mais c’est tellement drole. Le son est plutot bon et j’ai les pieds qui bougent sur place. Je sens que je commence à etre bien allumé. Il faudrait que je commence à dessouler. Je prends 2 derniers verres histoire d’écouler mes tickets. Ils sont bien chargés. Les deux ne sont pas pour moi. Mais en bon boulet je n’irai pas l’offrir. Je ne finirai même pas le mien. Mon dos commence à me lancer. Vu que la salle commence à se vider, je vais me trouver une chaise.

J’observe les gens se lacher, s’amuser. Lacher prise. Deux mots et pourtant si difficile. Pourtant on pourrait se dire que ne connaissant personne qu’est ce que j’ai à perdre de me lacher complètement? Et pourtant non. Tout en retenue. J’observe comme si je n’était pas à cette soirée avec tous ces gens. Comme si on ne se ressemblait pas ou que j’étais d’un autre monde. Grisant, frustrant. De ne pas pouvoir partager cette joie pour certains, cette complicité pour d’autres. D’etre là sans y être vraiment. De se demander pourquoi on est là tout en sachant que c’est toujours mieux que de rester enfermé chez soi.

La fatigue arrive, il est 1h30. Je vais pouvoir conduire. 15 minutes pour rentrer chez moi. 15 minutes à penser à tout cela. A se demander ce que je parais, si c’est ma réelle image ou juste une ombre. A se demander si je suis un incompris, un asocial ou tout simplement quelqu’un qui ne sait se livrer que dans ce genre d’écrits. Une heure pour sortir tout ça. Et demain?

 

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Printemps 2002

Le printemps… Ca bourgeonne, les hormones sont libérées, les communautés s’agrandissent… Sur MixTeub ca s’agite aussi. Un petit noyau dur de commentateurs s’est formé. Pas des commentateurs genre Thierry Roland ou Xavier Gravelaine, non non! Des gens qui postent des commentaires suite aux articles du site/blog. Les sujets sont souvent au-dessous de la ceinture mais en restant dans un esprit hype/underground/fashion. Limite porno-chic mais sans même être du niveau d’un film de seins de M6 le dimanche soir. Tout est dans le sous-entendu, le suggéré avec parfois des croquis plus ou moins explicites. Mais ce n’est pas que du cul. Ca essaye d’etre tendance tout en revendiquant un coté off… ptet que c’est ca au final la hype…

Bref, c’est l’occasion de se retrouver sur les commentaires, de disserter et souvent diverger sur les sujets abordés. Les pseudos des commentateurs ne sont pas figés, on a parfois une description du moment en live, un peu le statut facebook avant l’heure. On essaye de débusquer les schizos qui postent sous différents pseudos mais que l’on arrive à débusquer grâce à leur style inimitable. Des affinités commencent à apparaître. On voit même que certains se connaissent déjà IRL (dans la vraie vie pour ceux qui parlent pas le nerd couramment).

Mixteub organise des soirées dans la suite des “J’ai les clés”. Au fur et à mesure de ces rencontres virtuelles, les liens se tissent et on se fixe rendez-vous à la prochaine soirée. Je pense déjà avoir réussi à mettre des noms sur quelques visages. En effet, Carl de Flagada passe sa soirée à mitrailler les gens avec son APN et les met en ligne le lendemain des soirées. Je crois avoir identifier deux contributrices majeures de commentaires : Nel & Juju. Lors de la prochaine soirée je vais essayer d’aller les voir. Ca fait un peu psychopathe associable d’aller à une soirée en ne connaissant réellement personne alors que virtuellement je leur parle toute la journée. Je dois aussi rencontrer Pinball, Stone et NoWay. Le feeling passe bien sur le chat, les vannes fusent, j’espère qu’il en sera de même aux Métallos, lieu de la prochaine soirée.

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De la fin de la Ve République …

ou Pourquoi je suis abstentioniste.

Au lendemain de ce week-end éléctoral, je viens de tomber sur la toujours très bonne émission de Taddei “Ce soir ou jamais” où un repenti (Philippe Léotard), une jeune journaliste au futur prometteur, quelques grandes gueules du milieu artistique (Claude Chabrol et Akhenaton) débattaient sur le simulacre de démocratie qui vient de se dérouler. J’avoue simulacre est peut-être un peu osé mais je pense que cela traduit le climat de la société française vis à vis de la politique aujourd’hui.

Pendant ce cout débat j’ai appris des choses sur les clivages droite-gauche, sur les valeurs de ces adversaires bi-centenaires et j’avoue que je rejoins M. Léotard sur ce qu’il a dit : “On va droit dans le mur”.

De l’abstention. Je me désintéresse de la politique, comme une majorité des votants de ma génération je pense, car je ne me sens pas représenté.  Comment se reconnaitre en des personnes qui chacune analyse le “message” de l’abstention à sa sauce? Ces discours et communiqués post-électoraux sont affligeants et révèlent un mal de notre société : l’individualisme. En effet, de nos jours, l’homme (ou la femme) politique pense plus à lui qu’à ses électeurs. S’il pense à ses électeurs ce n’est que dans un seul but celui d’être élu. Une fois ce but atteint, l’élécteur on s’en fout un peu. Pendant la campagne tout est bon par contre :  “j’ai la solution à tous vos problèmes : vous etes handicapé et n’avez pas de travail, je vais faire une loi pour ça; vous etes à la retraite et ne pouvez pas payer votre loyer, on va réformer les retraites; des jeunes désoeuvrés font tourner leurs scooters devant vos fenetres, on va envoyer plus de policers, déclarer un couvre feu”… Pure démagogie, hypocrisie, dans un seul but l’auto-satisfecit. Et le but ultime de tout politicien : le château. Car la Ve république n’est pas beaucoup plus démocratique que la monarchie d’il y a 200 ans. Rendez-vous compte que dans notre pays, un homme a tous les pouvoirs. Il est le chef des armées, il ne peut être jugé, il nomme, à son goût et à tour de bras, des hauts-fonctionnaires, il peut augmenter son salaire (payé avec nos deniers) à son aise, etc…

Certes, quand le Général de Gaulle a voulu cette Ve république je suis persuadé qu’il ne la voyait pas comme un despotisme pesudo-parlemenatire. Il est vrai que la période était trouble et que le pays avait besoin d’un homme fort pour être remis sur les rails et que le Général a bien exploiter la situation. Après lui sont venus des présidents plus discrets, un peu au modèle italien ou allemand (qui saurait me citer le nom du président italien ou allemand?), qui nomment un premier ministre qui lui est aux affaires et mène la barque. Le premier ministre s’occupe d’ailleurs principalement de l’intérieur et rend ses comptes au président. Le président, lui, représente la France à l’étranger, dirgie les armées et peut dissoudre l’assemblée.

Et puis nous avons le petit dernier. Enérgique, qui veut tout changer, la rupture comme il dit. Il est loin d’être discret notre président. C’est à croire qu’il aurait fait un bon premier ministre mais ça ne lui suffisait pas et il n’aurait pas voulu rendre de comptes à quelqu’un au dessus de lui de toute façon. Mais, me direz-vous, il y a toujours l’assemblée! Mais quelle assemblée? Il y a plus de 200 ans, des représentants du peuple se réunissaient pour le serment du Jeu de Paume avec sous leurs bras les doléances du peuple. Aujourd’hui on a un bipartisme extremiste : la droite et la gauche, une majorité et une opposition. L’opposition vote en bloc contre les initiatives de la majorité, mais la majorité s’en fout puisqu’elle est majoritaire donc les lois qu’elle voudra elle les aura. Aujourd’hui les députés sont des presse-bouton, ils ne représentent plus le peuple, ils représentent leur parti. Des consignes sont données, il ne faut aller contre elles sinon c’est l’exclusion du parti. Interdiction du libre-arbitre. Il est tout aussi affligeant de voir des votes se résumer à “24 pour, 13 contres, 2 abstentions” alors que plus de 500 personnes sont censés nous représenter. Où sont-ils ces représentants du peuple? A l’Elysée à apprendre la leçon du boss? En vadrouille dans une région où ils ont été parachutés par leur parti? C’est encore plus scandaleux lorsque l’on connait leurs émoluments, indemnités et retraites (d’ailleurs vont ils toucher à leur régime spécial?).

Alors pourquoi s’abstenir? Plusieurs raisons possibles : la déception de la classe politique, la non-reconnaissance de ses idées en un parti (puisqu’aujourd’hui on vote pour un parti plus que pour une personne, drôle de paradoxe puis que l’éligible lui est individualiste), le m’en foutisme complet… Le point commun est le désintéressement montant. En 68 c’est la jeunesse qui a tenté de révolutionner ls choses à sa façon. Les étudiants avaient des valeurs, des idéaux. Peut-etre que la guerre vécue par leus parents les a incités à vouloir changer le monde. De nos jours on sent la jeunesse blasée, formatée, incapable de se révolter. Mais peut-etre que les choses vont changer. Alors que l’on nous parle de crise mondiale, de globalisation, d’écologie, les mouvances se radicalisent pour s’exprimer. Les petites gens sont tellement serinées par le système qu’elles en arrivent aux extremes : pour se faire entendre on séquestre ses patrons alors qu’avant une grève permettaient l’engagement d’un dialogue social.  Sous le pretexte de la globalisation, on nous dit que l’on ne peut rien faire de plus pour nous aider. Pourtant certains s’en sortent bien : avantages fiscaux (boucliers), bonus faramineux payés par les deniers publics… J’ai l’impression que l’on se retrouve dans une monarchie avec quelques seigneurs et un clergé qui ne porte plus la robe mais le costume 3 pièces, a les dents qui rayent le parquet et une Rolex au poignet

Ce système doit changer. Pourquoi ne pas devenir un état fédéral telles l’Allemagne ou la Suisse? Donner plus de pouvoir aux régions, redonner le pouvoir aux députés (ne plus les laisser être des presse-boutons pour adouber des lois venant d’un exécutif unique), redonner le pouvoir au peuple. On a l’impression que le pouvoir méprise le peuple, le trouvant trop stupide pour gouverner, ou peut-etre qu’il en a peur? Pourquoi ne pas comptabiliser les votes blancs lors des elections? Serait-ce se saborder que d’avouer que les électeurs ne se sont reconnus en aucun de nous politiciens?

Peut-être que tous ces messieurs et ces dames devraient réviser leurs fondamentaux et abandonner leurs cours de com’. Retourner aux écrits des Lumières plutot que de se fier à des sondages. Penser à l’interet de la communauté plutot qu’à leur propre avenir.  Les députés de la Révolution Française avaient un pouvoir et un devoir : celui de représenter le peuple. Ceux de la Ve république ont le pouvoir de ne plus le faire.

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7 2 1

Je suis assez casanier en ce début d’année 2002. Heureusement, une copine montpelliéraine, Laure, ange mécanique, me propose de l’accompagner elle et quelques amis à une “Seven To One”. C’est une soirée d’after-work qui comme son nom l’indique commence à 19h pour finir à 1h du mat’. Le public visé est le jeune cadre célibataire qui a envie de décompresser en pleine semaine, tout en ne découchant pas trop tard histoire d’re frais et dispos le lendemain matin.

Le lieu : La Gallerie, rue du faubourg Montmartre. Je rejoins donc Laure et ses amis vers 19h45. La queue est assez impressionnante : au moins 50m de personnes attendent dans le froid humide de l’hiver. Je ne m’attendais pas à ça. Comme je ne m’attendais pas à un lieu si grand. Mais ce qui m’inquiète pour le moment c’est ma tenue. J’ai l’impression de faire tâche. Un des amis de Laure a l’uniforme Accenture : costume sombre bien coupé et parapluie noir à manche en bois précieux. Je me demande alors si on va me laisser rentrer…

Une fois dedans je suis conquis par le lieu : c’est immense. Mais c’est aussi blindé de monde. Je n’y fais pas trop attention au début mais au fur et à mesure de mes observations j’ai l’impression d’être dans une jungle. Une jungle remplie de prédateurs. Pas seulement masculins, la gente féminine me parait avoir les dents longues et l’eau à la bouche. Il y a de tout : de la secrétaire qui passe sa journée à se manucurer pendue au téléphone, à la commerciale en chef qui a envie de se mettre un petit jeune sous la dent. Toutes sont là dans un seul but : la chasse. Et je ne m’attendais vraiment pas à ça. Drôle de sensation de se sentir être une proie. En y réfléchissant un peu plus, cette idée d’être chassé ne me déplaît pas. Je n’aime pas, car je ne sais pas, faire le premier pas, et si cette grande blonde classe à la trentaine bien tassée décide que je serai son repas du soir, je n’y vois pas d’inconvénient. Je reste donc en position stratégique : accoudé au bar à observer la chasse.

J’ai l’impression qu’on m’observe, qu’on m’aurait pris en chasse. Malheureusement, on ne choisit pas son chasseur et en l’occurrence sa chasseresse. La mienne m’arrive à peine à l’épaule, est passablement éméchée et à la quarantaine ramollie. Ce n’est vraiment pas mon style. De plus je suis adepte de la doctrine “mieux vaut etre seul que mal accompagné”, plutot idéaliste du genre d’ailleurs. J’essaye de lui faire comprendre que j’ai déjà quelqu’un mais il faut croire que l’alcool lui a bouché les oreilles, elle s’accroche. Je n’espère qu’une chose, que Laure repasse par là et me sauve de ce pétrin. Je ressens alors une sensation bizarre : la madame commence à fourrer sa main dans la poche avant de mon Dockers! Je craque… Il faut que j’y aille… Je reviendrai à La Gallerie, mais  plus jamais dans une 7 2 1.

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avril 2002 – mixteub

Je m’inscris à mixteub en avril 2002. Mixteub c’est la suite logique des soirées “J’ai les clés” organisées par Karl de Tagada. C’est un blog qui se veut hypeux-fashion-undergound. On y trouve des articles sur des sujets divers et variés écrits par des auteurs aux pseudos incongrus. On y trouve aussi les photos des soirées organisées et c’est encore une occasion de partager ses commentaires avec la communauté mixteubienne. Ma carte de visite reste la b2b, le calembour à l’emporte-pièce, la vanne gratuite que personne ne comprend forcément. Mais ce n’est pas que ça. Je me lance de temps en temps dans des étendues plus ou moins lyriques comme celle-ci que j’envoyai à un concours de déclaration d’amour :

En se caressant ses charnels saints seins,
Tu me sussures les sensations de tes sens.
Sans se soucier de ce souffle chaud
Je commence à suer sous cette stimulation,
Alors que toi, sangsue, suce le sang puis la sève.
Tu suçotes ta sucette sans cesser,
Sans céder, jusqu’à ce que je crève,
Jusqu’à ce que, dans ce doux rêve
Malsain, tu sentes le baton s’assouplir;
Que de plaisir pour ces désirs faciles à assouvir.
Sainte-nitouche, je joue et touche,
Tu coules, de ton essence je me saoule.
Tes lèvres, mes rêves, ma sève, pas de trève,
Tout s’emballe, tu gémis et râle,
On roule, déboule dans tous les sens,
L’heure est la connaissance de nos sens.

Je te suis, tu me suis, tu me sondes, faut que je réponde.
Au garde-à-vous, prends garde à toi, je garde ton corps pendant l’effort,
Le réconfort, c’est bien trop fort, je prends ton fort;
Intérieur, extérieur, de tous côtés, envahie, tu résistes encore,
Plus fort que moi, je recommence, toucher tes sens, apprendre la danse
Des langues déliées aux corps reliés, je me sens ailé, je me sens aller,
Rouge de passion, bleu de froid, vert d’envies …
Je prends les couleurs de l’arc-en-ciel du septième ciel.
Nuit de Chine, nuit caline, qu’elle n’en finisse pas, comme aux pôles;
Pôle position, dans mon coeur, de mon corps, de nos corps,
Encore un tour, dans ce four, thermostat XXL, elle : toi.

Chuchote-moi ces sons insencés
Que tu sais si bien faire sonner
Dans ta bouch ronde, qui frode,
Quand pleine, tu ne peux répondre.

Je me tâte, je te tâte, sans hâte, jusqu’aux tétons
Durcis, forcis, sous la pression, sous la tension, l’attention, les pressions.
Double 6 en action, si c’est neuf c’est du joli. A la douche…
Et on se touche, juste quelques retouches
A ton costume de peau, si douce, nacrée, sucrée-salée.
Je glisse sur ta soie, sur ton toi, sous mon toit, sous ton toit,
Là, là où on ne nous voit pas, là où tu as envie de moi…

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février 2002

J’ai beau visiter plein d’apparts, je ne trouve pas de logement. Ca fait presque 6 mois que je suis à Guy Moquet alors que je ne devais rester que un ou deux mois. On m’a gentiment fait comprendre qu’il fallait que je quitte les lieux. C’est bien normal. Je ne vois pas d’autre solution que de m’installer chez Maéva. Elle habite à coté du boulot donc c’est plutot pratique, par contre mon mois de salaire va y passer.

Me voilà donc dans le métro à déménager mes affaires tel un escargot : mon gros sac à dos de l’armée pesant bien 20 kg rempli à en éclater, direction le XIIIe. Il me faudra bien 2-3 voyages pour tout transporter. Maéva ne peut être une solution durable, il faut que je trouve quelque chose. J’apprend qu’il y a un truc sympa qui pourrait m’intéresser : la colocation. Moyen pratique de partager un grand appartement pour pas cher, de vivre une nouvelle aventure humaine, faire de nouvelles rencontres et peut-être de charmantes rencontres. Pour ça, il y a un site aussi. Il y a un site pour presque tout sur Internet. Je m’inscris rapidement. Je n’ai pas beaucoup de visites. Seulement deux.

La première est pour partager un appart avec une charmante demoiselle (yummyy!!) mais c’est à Pavillon-sous-Bois. Je suis tellement à l’arrache à tous les niveaux que je tente le coup. Pavillon-sous-Bois c’est loin! C’est donc ça la banlieue? A première vue, je n’ai pas trop envie de faire ce trajet matin et soir, mais bon, je n’ai pas trop le choix. Je sonne à l’appart en question. La jeune fille est toute surprise car elle a oublié de me rappeler pour me dire qu’elle ne cherchait plus de coloc…

La deuxième visite sera plus concluante. Un jeune couple cherche un coloc car ils sont un peu ric-rac pour le loyer. L’appart est mortel. C’est un ancien atelier aménagé en loft, à deux pas de République (métro Bonsergent). Ma chambre en fait c’est la cave… Une cave aménagée en buanderie avec un matelas à terre pour servir de lit. Je vois déjà les gros yeux de certains : “mais c’est quoi ce plan? squatter une cave chez un couple? on va t’appeler La Crampe!” Au premier abord je n’y pense même pas. J’ai besoin d’un toit pour pas cher, rapidement. L’appart est super, le couple a l’air sympa : je prends. Et puis je suis assez ouvert. S’il y a un plan donjon pourquoi ne pas essayer.

J’ai réussi le casting. Adam m’appelle pour me donner la bonne nouvelle. Adam est Américain. De Manhattan précisément. Il a appris à conduire sur une Ferrari dans les Hamptons. On pourrait se demander s’il est vraiment dans le besoin. Il me dit qu’il a joué en bourse sur les nouvelles technos et maintenant “he’s broke”. Pat est Française et intérimaire. Autant dire le couple improbable. Je sens qu’il y a un truc bizarre dans cette affaire, mais je laisser aller.

Je quitte donc Maéva pour chez Adam & Pat. Ca se passe bien. J’avoue que je ne les vois pas beaucoup et je dors très bien dans le noir total de la cave. Enfin, quand Adam n’a pas décidé de mixer la musique au taquet jusqu’à 4h du mat en pleine semaine… Leurs amis sont cools aussi. Ca sent la branchitude avec un soupçon de hype. Ce n’est pas pour me déplaire et j’avoue que j’aimerais bien être introduit. Un jour le meilleur ami d’Adam débarque de NYC. Il est pédiatre, parle pas un mot de français et s’appelle John. Ils m’entrainent un soir dans une soirée, direction le 287. Je ne connais pas cette boite. J’apprendrais plus tard que c’est celle de Papa Chanteur. C’est à Aubervilliers, dans une zone industrielle, je ne sais même plus comment on est arrivés là. On rentre rapidement et je découvre un hangar gigantesque. La musique est un peu trop hard pour moi, mais bon, on va bien voir ce que ça donne. Adam vient me voir et me dit : “Si on te demande, on n’a plus rien.” Je ne comprends pas de suite ce qu’il veut dire. Il rajoute “Mais je vais essayer de trouver quelque chose pour toi”. Est-ce que c’est bien ce que je crois? Mon coloc ancien golden boy deale pour arrondir les fins de mois? 5 minutes plus tard il me donne discrètement une petite pillule blanche. Je n’ai jamais essayé les Extas, et je me dis, pourquoi pas… on n’a qu’une vie, il faut bien essayer. John vient finir de me convaincre en bon docteur qu’il est : “You’ll see, you gonna love it!” Allez, hop, je gobe.

Je m’attendais à autre chose. J’avais entendu parler d’hallus, de trips, j’avais en tête les images d’Easy Rider. Et en fait rien. Le seul truc notable c’est qu’à un moment j’en ai eu marre de cette boite. Je me suis rendu compte que sur la piste il n’y avait quasiment que des mecs torses nus en train de se rouler des pelles et que lorsque la porte s’ouvrait pour faire entrer des gens, le soleil brillait. Je décidai donc de rentrer. Je sors de la boite et demande l’heure au physio à l’entrée. Il me répond : “10h15″.

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nouvel an 2002

Le nouvel an chez nous a une tradition : une soirée entre potes qui s’organise toujours la veille voire le jour même. Cette année, je redescends à Perpignan, j’ai l’appart de ma mère pour moi tout seul et vu que comme d’hab rien n’a été organisé, je décide de prendre les choses en main.

J’ai la chance d’avoir à ma disposition un appartement spacieux en plein centre historique de Perpinya la Catalane. J’ai donc envie d’organiser un vrai diner. Une fois que toute la bande est prévenue et d’accord j’attaque les préparatifs. Tout d’abord le menu : en entrée ca sera du classique foie gras / saumon fumé, c’est facile à préparer ça, et pour le plat j’ai envie de me lancer dans des aiguillettes de canard sauce muscat avec des paillassons de pomme de terre.

J’aime cuisiner, ca doit etre dans mes gènes. Je file donc aux Galleries Farfouyette en espérant que leur rayon gourmet n’a pas été dévalisé. Je rafle les dernières aiguillettes (j’ai 14 couverts!), foie gras et saumon et rentre soulagé d’avoir au moins les produits. D’habitude je cuisine plutôt à l’arrache. Là, c’est la première fois que j’organise un diner chez moi et je veux que ca soit bien fait. Le problème c’est que je n’ai jamais fait de sauce. Je décide donc de m’entrainer un peu avant le jour J. Un petit coup de fil à ma grand-mère pour connaitre les bases d’une sauce au vin et hop je me lance… Le résultat est catastrophique. Ma sauce ressemble plus à un gros bloc gélifié de muscat (tant qu’à faire j’y avais mis une bouteille entière). Espérons que le lendemain je serai meilleur.

Jour J. Il faut que je réussisse ma sauce. Normalement il faut faire cuire à feu doux le vin pendant plus d’une heure afin que l’alcool s’évapore. Je n’ai vraiment pas ce temps. Je passe les conseils de la recette et rajoute du vin afin qu’elle soit liquide et onctueuse. Le résultat me plait : avec 2 cuillères de sauce on est presque bourré. Les invités arrivent au fur et à mesure. Je m’affaire en cuisine pour que tout le monde soit servi en assiette. C’est stressant mais j’adore ça. Je sens que la soirée est bonne. La musique résonne du tube d’une nouvelle émission de télé-réalité qui vient d’être lancée : la Star Academy.

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